MATHER (C.)


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MATHER COTTON (1663-1728)

Petit-fils et de John Cotton et de Richard Mather, deux grands noms des premiers temps de la «Plantation du Seigneur» en Nouvelle-Angleterre, Cotton Mather, né en 1663, l’année précédant l’installation de son père Increase Mather comme pasteur de l’importante Seconde Église de Boston, a vécu dans la hantise de ce legs prestigieux. C’est un enfant du sérail, précoce, nerveux, intimidé par la stature publique d’un père acharné à débusquer la moindre ombre d’apostasie dans le plus petit recoin des âmes. En 1678, Cotton Mather a quinze ans et vient de sortir de Harvard. Il est le plus jeune bachelier que cette université ait connu, et il suivra la voie cléricale que lui trace la tradition familiale, mais non sans contrainte intime: c’est vers la médecine qu’allait son penchant. À seize ans, il prêche son premier sermon, sur le thème «Notre Sauveur béni, glorieux médecin des âmes», et l’année suivante il devient l’assistant de son père à la Seconde Église. Son long noviciat auprès de son père connut un entracte en 1688 lorsque après l’instauration du «Dominion de Nouvelle-Angleterre», Increase Mather fut dépêché à Londres pour négocier la restauration des privilèges de l’ancienne charte, confiant sa congrégation aux soins de son fils. En avril 1689, des rumeurs commencent à faire état d’un débarquement du protestant Guillaume d’Orange à Douvres. Sans en attendre confirmation, la population de Boston se soulève, emprisonne le gouverneur Andros et fait sa propre «Glorieuse Révolution». C’est Cotton Mather, alors âgé de vingt-six ans, qui rédige le cahier de doléances publié pour légitimer la rébellion, la Declaration of Gentlemen and Merchants , un document qui rappelle à la fois le Mayflower Compact de 1620 et, à certains égards, annonce Jefferson et la Déclaration d’indépendance de 1776. Le rôle que joua Cotton Mather en 1692, lors de la flambée de sorcellerie à Salem, et l’opuscule qu’il y consacra, The Wonders of the Invisible World (1693), lui vaudront de faire figure pendant tout le XVIIIe et le XIXe siècle de bête noire de l’Amérique éclairée. Il est vrai qu’il poussa alors jusqu’à l’hystérie le thème millénariste: si, parmi toutes les nations, le démon a choisi la petite Nouvelle-Angleterre pour s’acharner contre elle, n’est-ce pas le signe que la fin des temps approche et que la Plantation du Seigneur, retrouvant son éclat initial, est appelée à jouer un rôle central dans ce dernier acte de l’histoire sacrée? C’est dans cette expectative qu’à partir de 1694 Cotton Mather entreprend de récapituler, dans les Magnalia Christi Americana (1702), les «grandes choses» que le Seigneur a faites pour l’Amérique. S’ouvrant sur une réminiscence de L’Énéide , l’ouvrage, tout hérissé de citations latines, grecques et hébraïques, se donne l’ampleur d’une épopée de la fondation. On peut voir dans ce monument d’érudition biscornu la rhapsodie hâtive d’un pédant, d’un «Plutarque pathétique», mais il est aussi à plus d’un égard un prototype de la littérature américaine à venir: Cotton Mather y inaugure la stratégie, reprise après lui par Emerson, Thoreau, et tant d’autres, qui consiste à arracher à la dégradation que lui fait subir le temps des hommes une «Amérique» à jamais inscrite dans le temps sacré du projet divin; imprégnée de typologie scripturaire, quasi élisabéthaine dans son foisonnement, cette encyclopédie baroque de la mémoire impossible ouvre la lignée qui mène au Moby Dick de Melville, à Faulkner, voire à Borges. La somme des Magnalia est comme un tombeau pour l’Amérique puritaine défunte. Avec le tournant du siècle s’ouvre une époque de transition dont Cotton Mather est particulièrement représentatif. Avec lui on chemine déjà sur la route qui mènera d’une part au Grand Réveil piétiste, d’autre part aux Lumières. Dans les extases qui l’empoignent, si étrangères à la circonspection puritaine à l’égard des signes du salut, on voit déjà se profiler les convulsions des années 1740. En même temps, Cotton Mather s’intéresse de plus en plus aux sciences expérimentales: en 1713, il est le premier pasteur américain élu à la Royal Society de Londres et, en 1721, lors de l’épidémie de variole qui décime Boston, il fait activement campagne pour l’innovation qu’est alors le vaccin. Sa conception de la religion elle-même, telle qu’il l’exprime dans Bonifacius: Essays to Do Good (1710) en mettant, plus que sur la spéculation théologique, l’accent sur l’action dans le siècle, annonce déjà le pragmatisme de Benjamin Franklin, son paroissien à Boston, qui lui rendra l’hommage d’une parodie dans les Letters of Silence Dogood (1722).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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